01.05.2012
Murena – Tome 1 à 8
Cela va faire près d’un an que le dernier album de la série Murena est sorti. Ayant enfin les 8 albums en ma possession, c’est le moment de lire d’une traite cette série se déroulant dans la Rome antique, plus précisément durant la période couvrant l’arrivée au pouvoir de Néron et ses premières années de règne, soit aux environs de 60 après JC.
A la lecture des 8 albums, j’ai appris beaucoup de choses sur la vie quotidienne des romains (les latrines le long des rues, les H.L.M. d’époque, les courses de chevaux, les relations avec les esclaves,…). C’est un des points positifs de cette série : la découverte des habitudes de vie d’une époque trop connue pour ses seuls textes classiques (et donc particulièrement rébarbatifs).
Ces textes sont rébarbatifs à la base mais, grâce aux albums de Murena, des citations de ces textes sont replacées dans leur contexte historique. C’est le cas par exemple des pensées de Sénèque, philosophe de son état, qui est également un acteur de « Murena ». Cette remise en situation des pensées permet d’autant mieux apprécier leur portée et de mesurer la sagesse de ceux qui les ont proférées. En effet, à la lecture de Murena, on se rend compte à quel point les sphères du pouvoir de l’époque étaient dures, opaques et malsaines. Entre la femme (Agrippine) qui tue son mari (l’Empereur) pour le pouvoir du fils (Néron) qui en veut à sa mère (Agrippine donc) que le demi-frère (Brittanicus) soit tué et son ami (Murena, ah le voilà celui-là) qui couche avec son ancienne favorite (Acté) qu’il envoie en Gaule, on se croirait dans Dallas, la tragédie en plus… La succession des mésaventures s’enchaînent à vitesse grand V pour se retrouver dans des situations ou le protagoniste (Néron par exemple) est maître de ce qu’il décide mais il n’a pas le choix de décider ce qu’il veut car cela lui est dicté par les conditions (sa tante qu’il aime plus que tout serait une traître selon les officiels mais peut-on se fier aux officiels ?) qui ont savamment été mises en place par son entourage (toujours Agrippine) afin que le décideur n’ait plus le choix (finalement Néron doit ordonner à contrecœur la mise à mort de sa tante pour haute trahison). On a parfois du mal à croire que cela ait vraiment pu se passer ainsi.
A la lecture de cette série, on se rend compte que cette période était particulièrement dure en termes de trahison, alliance, mésalliance et coups fourrés. On ne peut compter que sur soi et en sa soif de pouvoir. Autrement, mieux vaut déguerpir avant qu’il ne soit trop tard.
Un autre point à relever dans la série est les relations humaines et sexuelles entre les gens. Là, je prendrais mais distance avec l’histoire car elle est scénarisée par Dufaux, apôtre du fantastique (très peu présent dans cette histoire, ouf !) et du sexe (très présent dans cette histoire). Toutefois, toute la série semble soutenue par une approche poussée de la réalité historique. Donc, dans ce cadre, je donnerais malgré tout du crédit à ce qui est relaté ici. Ce que je trouve particulièrement notable c’est la relation aux esclaves et celles aux partenaires sexuels.
Tout d’abord les esclaves sont vraiment vus comme des marchandises. Attention, toutefois, cela n’est pas forcément péjoratif au vu du possesseur de la marchandise car la marchandise peut coûter fort cher ! Dans ce cas, elle est précieuse et on y prend soin mais la personne n’est pas vue pour ce qu’elle est même si on va discuter avec elle. Elle est la propriété d’un riche et cela reste présent. Toutefois, l’esclave n’est pas vu comme un moins que rien qu’on peut remplacer par le premier venu. L’esclave a en effet sa connaissance particulière (combat, beauté ou, bien entendu, performances sexuelles).
Les relations sexuelles. Il ne s’agit pas ici d’un plombier qui vient réparer les installations d’une dame en petite tenue car elle souhaite prendre une douche. Loin de là, lesdites installations n’existant pas à l’époque. L’aspect des relations sexuelles est plus subtil et essentiel. Il semble tout d’abord qu’il est habituel pour homme et femme de se voir nus. On est donc déjà loin de notre époque. De plus, il est normal pour les hommes et les femmes de prendre du plaisir avec ce qui est beau que ce soit féminin ou masculin (je mets de côté les mélanges en cas d’orgie). Je reste dubitatif car je sais, à la lecture d’autres de ses albums, que c’est un sujet cher à Dufaux. Toutefois, il me semble normal d’imaginer que ce pouvait être comme cela à l’époque pour la simple et bonne raison que la société de l’époque n’était pas influencée par le puritanisme et ce qui en est à l’origine je crois, à savoir le christianisme car cela n’existait pas encore à l’époque. C’est à lecture de ces albums que je me suis rendu compte qu’il est difficile de pouvoir se rendre compte comment était la vie des gens il y a 2000 ans. Tant de choses ont changé en 2000 ans, outre la communication ces dernières années, des choses bien plus essentielles ont évoluées : le rapport aux armes et à la guerre, la médecine (et le rapport au sacré du corps), la disparition des esclaves, l’apparition des religions monothéistes,… Tant de choses qui fondent le monde dans lequel nous vivons actuellement mais qui étaient diamétralement opposées il y a 2000 ans. D’un autre côté, il me semble hasardeux de dire qu’il y a 2000 ans les gens étaient « attardés ». Je crois que leur manière de penser était autre car basée sur d’autres acquis. Peut-être que si des gens de cette époque nous regardaient maintenant ils nous trouveraient stupidement trop prudes. Par exemple, apparemment, à l’époque, la place des prostituées étaient autres. Elles ne devaient pas être honteuses à l’époque. Leur place, pour certaines, pouvait être enviable et surtout elles étaient respectées pour ce qu’elles apportaient à la société. A cet égard, notre société peut paraître arriérée par rapport à la société romaine.
Au point de vue scénaristique, la lecture des ces albums est donc particulièrement enrichissante par leur aspect historique travaillé. Je pense que même pour des férus de la période, le fait d’avoir une histoire dessinée de qualité sous leurs yeux pourra les ravir. Car en effet, l’histoire est aussi de qualité entre intrigue et aventure. Dufaux est un habitué de la BD et sa narration est de qualité. Une fois qu’on a les 8 albums, on a envie de les lire d’une traite pour connaître la fin.
Le dessin lui est du même tonneau. C’est un dessin qui colle particulièrement bien à un contexte historique tant son détail et sa justesse son affolant. Un pur régal à lire. De plus, ce qui est assez incroyable, la qualité a augmenté entre les deux cycles. Les 4 premiers albums forment un cycle et les 4 suivant un autre cycle. Et il est évident que le dessin a gagné en qualité dans le deuxième. Il est beaucoup plus juste et présente plus de volume. Cela est sans doute en partie dû aux couleurs qui sont traitées différemment.
Vraiment du très beau boulot qui nous fera découvrir une histoire se déroulant dans les hautes sphères de la politique romaine mais aussi les spécificités quotidiennes de l’époque romaine. Un tour de force.
Publié dans 2 - Tout bon, Dargaud, Delaby, Dufaux, Historique |
22.04.2012
Pour l’Empire Tome 1 à 3
A votre avis, ils fumaient quoi les Romains du temps du bon Jules ? La moquette, ça n’existait pas encore. Le hasch, peut-être mais ça ne devrait pas permettre de voir ce qu’on voit dans cet album. Les effluves de vin ? Non, il faudrait se noyer dedans pour voir cela. Je ne vois que les feuilles de vigne usagées, roulées sous les aisselles et sniffées en quantité de 2 kilos à la minute.
Pour dire cela plus correctement, cet album est désarçonnant. Ca commence avec une bande de potes romains qui font partie de l’élite des commandos et qui défouraillent à tout va les deux doigts dans le nez. « Rien ne nous résiste, quoi de plus normal c’est pour l’empereur ».
Et puis, l’empereur, tout fourbe qu’il est, confie une mission de la plus haute importance à cette joyeuse équipée. Il leur faudra aller aux limites de l’Empire et les repousser. Ils devront donc faire face à de multiples dangers inconnus et les braver pour la plus grande gloire de l’Empire.
Je ne suis pas un grand fan de mythologie et d’époque romaine en général. Mais bon, si c’est en BD, je veux bien faire un effort… J’ai fait un effort… Et ça n’est toujours pas mon truc. Au temps ça commence en terre à terre, ça se prolonge dans le deuxième album en surréaliste et ça se termine dans le troisième album en pure mystique. Le problème, c’est que je n’ai rien compris. A la fermeture du troisième album, je n’ai que des questions. C’est quoi ce dragon, ces quoi ces femmes qui ne parlent pas et trucident, c’est quoi ces géants, c’est quoi cette glace, qu’est-ce que sait l’Empereur,… Que des questions et pas de réponses. Frustrant !
Toutefois, bien que je n’aime pas me laisser emporter, force est de reconnaître qu’à la lecture des trois albums, cette histoire semble attirante. J’ai passé un bon moment d’évasion qui me laisse avec plusieurs questions en suspens mais toutefois, les questions sont tellement nombreuses qu’à un moment donné on se laisse bercer et on a agréablement voyagé. Je pense que le dessin n’est pas étranger à cela. Il est loin d’être toujours juste mais il est avant tout personnel. Le traitement des couleurs est également très agréable.
Mais cela reste frustrant de ne pas comprendre où l’auteur veut en venir.
Pour ceux qui veulent savoir ce qu’était un groupe de hippie dans les sixties… les sixties après JC.
Publié dans 3 - Pour cadeau, Aventure, Dargaud, Fantastique, Historique, Merwan, Vivès |
15.04.2012
XIII 20 – Le Jour du Mayflower
Ce qui fait vendre ne mourra jamais. XIII n’est pas encore mort, et ça n’est pas demain la veille. On devrait même dire que, mieux que Jésus, il renaît et n’arrête pas de renaître. Son point fort par rapport à Jésus d’ailleurs est que ce dernier n’a fait pondre qu’un bouquin (fort épais il faut le reconnaître et aux pages qui permettent de voir à travers) tandis que XIII en est à son vingtième album (avec pages bien épaisses elles) et à 4 albums dans la série parallèle XIII Mystery. Cocasse, il est à noter que de la pub est faite sur 8 pages pour XIII Mystery à la fin de ce tome 20 ! S’il vous plaît ! Ca ne se vend pas ou quoi ? Bientôt des annonces pour recevoir des mèches blanches de XIII à l’achat de la 4ème réédition de la collection complète editor des tomes 7 à 11 de XIII initialement édités pour les stations-essence Fina ?
Bien curieux de voir comment la saga va per(fusionner)durer, j’achète l’album… en occasion faut pas déconner quand même.
Première grosse ficelle : un médecin a découvert (attention, par hasard hein, pour faire encore plus exceptionnel) une méthode de stimulation électrique du cerveau qui permet de faire rejaillir des souvenirs enfouis et que notre subconscient (le fourbe) ne veut pas délivrer. Coup de bol, ce médecin à la découverte (attention) mondiale se trouve juste à côté de la porte, quelque part dans le Maine. Attention, pas en Suisse, en Chine ou en Australie, non dans le Maine. Et devinez où se trouve XIII pour l’instant…
Deuxième grosse ficelle : a peine sorti de la consultation, v’la t’y pas qu’une voiture a un accident (gros plan essentiel sur le pneu qui se prend un trou qu’on ne verrait même sur notre bonne E42). XIII va évidemment sauver les gaillards qu’on va revoir ici et là au fur et à mesure de l’histoire quand ça sauve le scénariste.
Par la suite, cela s’améliore sans être transcendant. Par exemple, ces deux « tueurs » qui veulent enrôler XIII dans leur agence, donc ils le menacent mais en même temps il faut le bon vouloir de XIII. Ce qui donne des scènes de « Je te menace avec un flingue pointé entre des deux yeux mais pas trop quand même, allé, c’est pour rire hein gamin, viens avec nous ». Vraiment difficile à croire.
Pour le reste on se laisse bercer et si on ne se pose pas trop de question, la sauce prend.
Par contre, il faut presque se forcer à ne pas se poser de questions. Surtout lorsqu’on apprend que XIII serait un descendant des colons du Mayflower… Ben tiens. Après avoir été l’assassin du président des Etats-Unis, il est le dernier descendant des colons. Quel destin extraordinaire ! Beaucoup pour un homme quand même. Quand on en aura fini avec ce cycle, je me demande ce qu’on apprendra sur lui ? Fils caché d’Annie Cordy, réincarnation du Dalaï-lama ou dernier champion du monde kazak de curling ? Tant que ça fait vendre…
Je me plains, je me plains mais je dois reconnaître que la lecture de l’histoire ne m’a pas déplu. Et une fois de plus, XIII va se retrouver seul contre tout le monde.
Le dessin me paraît bien être dans la veine de Vance. La transition entre les dessinateurs est très réussie. Bien que les dessins soient différents, le style est identique. C’est-à-dire par exemple que les personnages semblent un peu statiques, figés avec un bâton dans le derrière et que les traits droits sont très présents. Mais c’est typique de la série et cela colle bien.
A suivre…
Publié dans 3 - Pour cadeau, Dargaud, Jigounov, Sente, Thriller |